i-Vacances

Où découvrir l'artisanat traditionnel au Maroc : 7 expériences inoubliables

Loin des babouches alignées des souks touristiques, l'artisanat marocain se vit dans les ateliers et coopératives de Fès, Marrakech, Safi et Tiznit. Voici où aller, et comment éviter les pièges.

Où découvrir l'artisanat traditionnel au Maroc : 7 expériences inoubliables

Il y a une scène qui se répète à chaque fois que j'emmène quelqu'un à Fès pour la première fois. On passe la porte Bab Boujloud, on descend vers le souk, et au bout de dix minutes la personne s'arrête net. Pas devant un tapis. Devant un homme qui frappe une plaque de cuivre avec un marteau, dans un réduit de deux mètres carrés, depuis probablement plus longtemps que je ne sais compter. « Mais c'est un vrai ? » me demande-t-on. Oui. C'est un vrai. Et le problème, quand on cherche l'artisanat traditionnel au Maroc, c'est rarement de le trouver. C'est de savoir où aller pour voir autre chose que les mêmes babouches alignées à l'entrée de chaque boutique de la médina.

J'ai arpenté pas mal de souks, de coopératives et d'ateliers ces dernières années. J'ai aussi ramené chez moi quelques objets que je regrette encore d'avoir payés. Voici ce que j'aurais aimé qu'on me dise avant.

Points clés à retenir

  • Les souks touristiques montrent l'artisanat marocain, mais les ateliers et coopératives le montrent en train de se faire — c'est là que se passe la vraie visite.
  • Quatre villes concentrent l'essentiel : Fès (cuir, cuivre, zellige), Marrakech (tapis, fer forgé), Safi (poterie), Tiznit (argent berbère).
  • Un objet vendu trois fois moins cher qu'ailleurs est presque toujours un objet fabriqué à la machine. Le prix bas a une explication.
  • La négociation fait partie du jeu, mais elle a des limites : dans une coopérative féminine, elle n'a souvent pas sa place.
  • Beaucoup de coopératives vendent désormais en ligne, ce qui permet d'acheter directement au producteur sans passer par un intermédiaire.

Où voir l'artisanat traditionnel marocain autrement que dans un souk

Question qu'on me pose tout le temps : « mais où est-ce qu'on va, concrètement ? »

La réponse honnête, c'est que le souk n'est pas le problème. Le souk est même souvent le point de départ logique. Le problème, c'est de croire que tout s'y trouve. Le souk, c'est la vitrine. L'atelier, c'est l'usine. Et c'est l'usine qui est intéressante.

Les tanneries Chouara, à Fès : l'endroit le plus photographié et le moins compris

Tout le monde connaît la vue depuis les terrasses qui surplombent les cuves. Des dizaines de bacs colorés, vus d'en haut, avec une branche de menthe qu'on vous tend à l'entrée pour masquer l'odeur. Sauf que la menthe, franchement, ne masque rien. Comptez que vous tiendrez cinq minutes avant de plier.

Ce que la plupart des visiteurs ne font pas : demander à descendre. Les ouvriers qui trempent les peaux dans la chaux, qui les teignent au pigeon (oui, au pigeon — c'est encore la méthode traditionnelle pour certains cuirs), puis qui les assouplissent pendant des heures, travaillent au niveau de la rue. On peut parfois s'en approcher si on demande poliment et si on n'arrive pas en groupe de quinze. J'y ai passé une matinée entière une fois. Je suis reparti avec une compréhension du cuir que dix boutiques ne m'auraient jamais donnée, et une paire de chaussures que je porte depuis.

Les ateliers de zellige, entre Fès et Meknès

Le zellige, ces mosaïques géométriques qui tapissent les murs des riads, n'est pas découpé à la machine. Enfin, pas partout. Le vrai travail se fait à la main, avec un marteau et un ciseau, morceau par morceau, par des artisans qui ont appris de leur père. Un carré de zellige peut demander des centaines de pièces taillées individuellement puis assemblées face contre terre, à l'envers, pour que la face visible soit parfaitement plane. Je n'ai compris ce détail qu'en voyant un artisan retourner sa plaque terminée. Sur le moment, j'ai eu l'air bête, mais au moins j'ai compris.

Ces ateliers ne sont pas toujours ouverts au public. Ceux qui le sont se trouvent souvent à la sortie des villes, dans des zones artisanales où l'on arrive en voiture ou en taxi. Demandez à votre hébergement — pas à votre chauffeur de taxi, qui vous emmènera chez son cousin.

Quelles villes pour quel artisanat : le repérage par spécialité

Une chose que j'ai fini par intégrer, à force de me tromper : au Maroc, l'artisanat est régional. Chaque ville a sa spécialité historique, et chercher un tapis de Fès ou de la poterie de Marrakech, c'est un peu comme chercher du champagne en Bourgogne. Ça existe. Mais ce n'est pas là que ça se fait.

Quelles villes pour quel artisanat : le repérage par spécialité
Ville Spécialité principale Où aller précisément
Fès Cuir, cuivre, zellige, babouches Tanneries Chouara, quartier des dinandiers place Seffarine
Marrakech Tapis, fer forgé, lanternes Souk Semmarine, ateliers du quartier Sidi Ghanem
Safi Poterie, céramique bleue Colline des potiers, à l'ouest de la ville
Tiznit Argent et bijoux berbères Coopératives du centre-ville, souk hebdomadaire
Essaouira Marqueterie de thuya Ateliers du quartier des Dyers, près du port

La colline des potiers de Safi, pour prendre cet exemple, n'a rien d'un souk. C'est une rue en pente bordée d'ateliers où l'on voit les tours de potier tourner, les fours, les pièces qui sèchent au soleil. Certains artisans vous laisseront essayer. D'autres non. Les deux réactions sont normales.

Tiznit et l'argent : la spécialité qu'on oublie

Peu de gens pensent au bijou quand ils pensent à un voyage au Maroc. Pourtant, l'argent de Tiznit, dans le sud, est une tradition à part entière. Les fibules, les croix, les bracelets amazighs ont des formes qui varient d'une tribu à l'autre. Vous n'achèterez pas ici le même objet qu'à Marrakech, et c'est précisément l'intérêt. Le souk hebdomadaire de Tiznit reste le meilleur endroit pour voir arriver les pièces anciennes, portées puis revendues.

Peut-on acheter l'artisanat marocain en ligne sans se faire avoir ?

Oui, à condition de savoir à qui on parle. Et c'est là que ça coince.

Peut-on acheter l'artisanat marocain en ligne sans se faire avoir ?

Beaucoup de coopératives marocaines, notamment féminines — tapis, tissage, huile d'argan — ont ouvert une boutique en ligne ces dernières années. Ça leur a permis de vendre sans dépendre d'un intermédiaire qui prenait la moitié de la marge. Concrètement, un tapis vendu 2 000 dirhams en coopérative peut se retrouver à 6 000 dans une galerie européenne. L'écart, ce n'est pas le transport. C'est la chaîne.

Comment vérifier qu'un vendeur en ligne est sérieux

Trois signaux que j'utilise maintenant systématiquement :

  • Le vendeur nomme la coopérative et le village. Pas « artisanat marocain de qualité », mais un nom, une région.
  • Les photos montrent des irrégularités. Un tapis fait main a des variations de tissage. Des photos trop parfaites, trop régulières, trahissent souvent une production mécanique.
  • Le vendeur accepte de détailler le temps de fabrication. Un artisan sait combien de semaines il a passé sur une pièce. Un revendeur, non.

J'ai commandé un tapis une fois à une « boutique artisanale » qui avait tout d'une marque bien léchée. Reçu trois semaines plus tard, tissé régulièrement, sans aucune irrégularité. Retour à l'envoyeur. Le vendeur n'a pas discuté, ce qui en dit long.

Que faire de l'artisanat marocain pas cher ?

C'est une vraie question, et elle mérite une vraie réponse. L'objet « pas cher » existe, et il n'est pas forcément à jeter. Mais il faut savoir ce qu'on achète.

Les petites pièces — bougeoirs, coupelles, marque-pages, petits plateaux — sont souvent produites en série par des ateliers qui emploient des ouvriers plutôt que des maîtres artisans. Ce n'est pas honteux, c'est de l'économie locale. Le problème commence quand on vous vend ce genre d'objet au prix d'une pièce faite main. Si vous voulez rapporter quelque chose à moins de 100 dirhams, prenez-le en connaissance de cause et négociez sans état d'âme. Mais ne croyez pas avoir déniché une pièce unique.

La vraie pièce unique, elle, se paie. Parfois cher. Et c'est normal.

Les erreurs que j'ai faites, et que vous pouvez éviter

Ma pire erreur : acheter un « tapis berbère ancien » à un rabatteur, à Marrakech, mon premier jour. Il m'avait abordé dans la rue avec une histoire de cousin qui avait un entrepôt. J'ai payé, je suis reparti content, et trois jours plus tard, en comparant avec d'autres boutiques, j'ai compris que j'avais payé le double d'un tapis neuf très ordinaire. La leçon : ne jamais acheter le premier jour. Jamais.

Deuxième erreur, plus subtile : croire qu'un objet dans une boutique de riad est forcément authentique parce que la mise en scène est belle. Les riads sont des lieux magnifiques, mais ce sont aussi des lieux de vente, avec des marges qui n'ont rien à voir avec celles d'un atelier. Rien de scandaleux là-dedans. Juste une information que je n'avais pas au départ.

Faut-il négocier partout ?

Non. Et cette nuance m'a coûté cher en crédibilité, une fois, dans une coopérative de tissage près d'Essaouira. J'ai commencé à discuter le prix d'un tapis, comme dans un souk. La femme qui m'a reçu m'a regardé sans rien dire pendant quelques secondes, puis m'a tendu le prix de départ sans bouger. J'ai compris. Dans une coopérative, on n'est pas face à un commerçant qui a gonflé ses prix. On est face à quelqu'un qui a fixé un prix juste pour un groupe de femmes. La négociation, ici, revient à leur demander de travailler pour moins.

Dans le souk, en revanche, c'est le jeu. Personne ne s'en offusque. Un ordre de grandeur utile : si vous obtenez 30 % de réduction, vous avez bien négocié. Si vous en obtenez 70 %, soit le prix de départ était fantaisiste, soit l'objet n'est pas ce qu'il prétend être.

Ce qui reste, une fois rentré

J'ai rapporté pas mal de choses au fil des années. Des objets ratés, des objets trop chers, et quelques-uns que je regarde encore aujourd'hui en me rappelant exactement où je les ai trouvés. C'est toujours le souvenir de l'atelier, pas du magasin. La plaque de cuivre cabossée de la place Seffarine, que j'ai vue naître sous un marteau pendant vingt minutes, vaut pour moi trois fois n'importe quel objet mieux fini acheté dans une boutique climatisée.

Alors si vous ne devez retenir qu'une chose : ce n'est pas l'objet qui compte, c'est l'endroit où vous l'avez vu fabriquer. Poussez la porte d'un atelier. Acceptez de ne pas tout comprendre. Repartez parfois les mains vides. Et la prochaine fois que quelqu'un vous tend une branche de menthe devant des cuves colorées, demandez-lui si vous pouvez descendre.

Loïc Sauvage

Loïc Sauvage

Loïc Sauvage est un photographe passionné, reconnu pour son expertise en photographie de paysage et ses carnets de voyage captivants. Avec un regard unique et une sensibilité artistique, il capture la beauté du monde naturel et partage ses découvertes à travers des récits visuels inspirants. Ses œuvres invitent le spectateur à explorer de nouveaux horizons et à apprécier la richesse des paysages qui nous entourent.

Voir tous les articles →

Articles similaires